16 avril 1877 – Le drame de Vallabrègues (30)

D’après un texte écrit par Bernard Joseph dit le Cabussan :
Le lundi 16 avril 1877, ce matin un malheur épouvantable est venu jeter la terreur et la désolation dans la commune de Vallabrègues. À 6 heures, cinquante femmes de la localité se rendaient à l’île du Comte [commune de Beaucaire] qui est distante de 3 km environ. Elles allaient blanchir1 de l’osier pour Monsieur Jean, riche négociant de l’endroit. Pour aller à leur chantier, elles avaient à passer une bonne petite branche du Rhône, alimenté par les dernières crues. De ce fleuve un jeune homme était chargé de les passer sur l’autre rive. Le bateau qui devait servir à ce passage, quoique assez solide, avait une voie d’eau. Cependant le premier et le deuxième voyage, se firent sans accident. Mais au troisième, qui se composait de six femmes et d’un jeune homme « patron du bateau », le bateau chavire.
1 blanchir : peller l’osier, enlever la peau pour avoir de l’osier blanc.

Quelques minutes après, les six femmes avaient disparues ; toutes étaient noyées, sans qu’aucun secours eût pu leur être donné. Le jeune homme épuisé, et qui savait nager, arriva seul à terre et presque mort. Cependant, voyant toute l’étendue de ce désastre, il se dépouilla de ses « effets » ranima son courage perdu, tout avait disparu. Les quarante femmes qui attendaient leur tour de passage et qui ont été témoins de ce désastre étaient dans un état affreux « en descrit plutôt mortes que vives ». L’une d’elles me disait que c’était une scène navrante. On voyait des mains qui sortaient de l’eau, implorant un secours qui malheureusement ne devait pas leur arriver.
Quand la population est arrivée en foule sur les lieux, un bien triste spectacle s’est offert à leurs yeux : six cadavres rangés, étaient étendu sur la berge. Parmi les victimes, il y a trois filles, la plus jeune âgée de 17 ans, l’autre de 19 ans ans ; ce sont deux sœurs. Avant cela, le père et la mère, qui viennent d’être si cruellement éprouvés par la perte de leur deux filles, avaient perdus il y a 2 ans, un fils âgé de 13 ans dans les mêmes circonstances. Une jeune femme mariée depuis trois mois est au nombre des noyées. Il y a ensuite une femme de 41 ans et l’autre de 44 ans ces deux dernières laissent à leurs maris des enfants.
M. le Juge de paix de Beaucaire, le Commissaire de police, un maréchal des logis et un gendarme sont venus sur les lieux pour ouvrir une enquête.
À la première nouvelle de ce malheur, le Maire de Vallabrègues, le curé et le secrétaire de la mairie se sont rendus sur les lieux.
Les funérailles des six femmes qui se sont noyées dans le Rhône, ont eu lieu le 18 avril 1877, au milieu d’un concours considérable de personnes. La consternation était générale et l’ont assisté à des scènes vraiment déchirantes.
Un tel désastre n’avait aussi douloureusement éprouvé notre population depuis un siècle et demi. Il y a en effet, 150 ans environ, neuf femmes perdirent la vie dans des circonstances à peu près analogues.
Extrait de l’ouvrage de Louis Popovitch, Une vie pour son village … Vallabrègues, 2006, page 158.
Identités des victimes selon leurs actes de décès transcrits le 2 mai 1877 à la mairie de Vallabrègues, « … mortes noyées retrouvées sur l’île dite du Comte, appartenant à la rive droite du territoire de Beaucaire, le 16 avril 1877 … » :
1° Catherine Monleau, 57 ans, née et domiciliée à Vallabrègues, épouse Auguste Audibert, vannier, fille de Jacques, cultivateur, et Alix Monleau (mon ancêtre sosa n°51).
2° Magdeleine Lacroix, 42 ans, née et domiciliée à Vallabrègues, épouse Pierre Boyer, tourneur sur bois, fille de Jean, sabotier, et Marie Pivasset.
3° Catherine Alexandrine Blanc, 20 ans, née et domiciliée à Vallabrègues, épouse Louis Benoit Clayon, cultivateur, fille de Joseph, cultivateur, et Françoise Bonnet.
4° Louise Bondon, 20 ans, née et domiciliée à Vallabrègues, célibataire, fille de Fleury, cultivateur, et de Suzanne Bigonnet.
5° Marie Raymond, 20 ans, née et domiciliée à Vallabrègues, célibataire, fille de Jean Baptiste, cultivateur, et de Magdeleine Michel.
6° Catherine Raymond, 17 ans, née et domiciliée à Vallabrègues, célibataire, fille de Jean Baptiste, cultivateur, et de Magdeleine Michel.





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